CD. Stradella : La forza delle stelle (Mare Nostrum, 2013). Malgré son titre poétique et qui renvoie aux étoiles, le sujet de ce passionnant ouvrage est une Serenata conçue pour la délectation voire la jubilation littéraire de son commanditaire, la Reine Christine de Suède ; la partition de Stradella éblouit par sa maîtrise des modulations tonales d’une richesse expressive souvent irrésistible, alors que les couleurs de l’orchestre, divisé en Concertino et Concerto Grosso-, se réduisent pourtant à un collectif de cordes seules.L’œuvre frappe par sa franche expressivité poétique que le relief et le caractère des deux voix principales (Damone et Clori : Nora Tabbusch et Claudia Di Carlo), les deux amants en effusion renforce, dévoilant et l’art superlatif de Stradella, et la sensibilité de son patron : la Reine Christine de Suède qui à Rome, s’étant convertie au catholicisme, favorise une cour personnelle particulièrement raffinée, autant par le talent des musiciens qu’elle engage, que l’exigence littéraire et poétique défendue auprès des écrivains qui lui fournissent livrets et textes; ayant renoncé au trône suédois dès 1654, menant grand train dans la cité pontificale dès 1655, Christine permet en 1671, l’ouverture à Rome du premier opéra public… inauguré par le Scipione Africano de … Stradella.  Ainsi Rome avant Venise, et 5 avant la Sérénissime-, ouvrait son premier théâtre lyrique public et payant, preuve étant faite que le nouveau genre musical emblématique de l’âge baroque, avait trouvé son public, suscitant désormais une nouvelle économie du spectacle.Sebastiano Baldini écrit le scénario d’une Sérénade souhaitée par la Reine dont le sujet délibère à la façon d’un cénacle de lettrés, – en écho à l’Accademia littéraire et artistique fondée par la Reine à Rome-, des diverses vertus et méfaits de l’amour. Les deux amants alanguis sont bientôt rejoints par un groupe de passants, 5 participants, qui chacun, témoigne de sa propre vision et expérience amoureuse…

Si le continuo ou la Sinfonia d’ouverture mériteraient engagement plus finement canalisé (le Balletto s’enlise par manque de vigueur et de tenue sur la durée), le choix du plateau vocal fait tout le sel de cette lecture caractérisée et expressive, où l’acidité parfois aigre des deux voix aiguës principales rend vie et sang à un texte aux riches références poétiques et mythologiques; la version retenue ici est celle à 7 personnages (selon le manuscrit conservé à Turin). La basse (Mauro Borgioni) comme le ténor ajoute une palette de timbres vocaux idéalement mordants et flexibles. Leur souci du verbe à travers l’étonnante diversité des recitatifs stradelliens fait mouche : la tension linguistique porte autant que la musique l’intense portée poétique de l’ouvrage. La beauté de la musique et le génie dramatique de Stradella éclatent dans une partition qui méritait totalement d’être ainsi redécouverte et qui a fait la réussite d’une soirée mémorable au festival Alessandro Stradella.

 

Hugo Papbst
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