A Rome, pendant cette première moitié du XVIIème siècle, les violes se parent de leurs derniers ors. Les interprètes les délaissent au profit du violon, mais une mode anglaise des chest of viols, ensemble de six violes, perdure dans les milieux érudits. Le Cardinal Barberini, pourtant francophile, avait ainsi son propre complesso di viole, composé lui aussi de deux basses, deux tenors et deux dessus. Neveu et secrétaire du Pape Urbain VIII, Barberini est peu recommandable : diplomate sans grands succès, mais Grand Inquisiteur (qui, certes, s’opposa à la condamnation de Galilée) durant 45 ans, et tout aussi grand détourneur des finances papales, grâce à quoi il fut constamment mécène, s’intéressant principalement aux peintres (dont Poussin) ainsi qu'aux sculpteurs et architectes (dont Le Bernin). Violes et violistes lui doivent donc moins, mais il n’est pas improbable qu’un concert eut lieu en son Palais romain, réunissant des oeuvres de Frescolbaldi, Palestrina, Kapsberger et Cherubino Waesich - le virtuose de la bande. Les pièces qui sont présentées dans ce CD évoquent l’univers de Monteverdi, violiste de formation. L‘Ensemble Mare Nostrum interprète avec une grande délicatesse ces œuvres intimistes et expressives. L’alliance avec Vox Luminis magnifie les voix et les violes qui leurs sont si proches. A découvrir, en fin de ce beau programme, la transcription de la sonate K87 de Domenico Scarlatti : une réussite elle aussi.

Albéric Lagier

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