Rome, 1638 : un somptueux concert de l'Ensemble Mare Nostrum chez le cardinal Barberini  
  

Découvert à l’occasion d’un splendide disque de musique française du XVIIe siècle, Le Concert des Violes (Ricercar, 2009), l’Ensemble Mare Nostrum nous revient aujourd’hui, chez le même éditeur, avec un nouveau projet tout aussi passionnant que son prédécesseur. Avec la complicité, pour les pièces vocales, de Vox Luminis, bien connu maintenant des fidèles lecteurs de Passée des arts, les musiciens réunis sous la direction d’Andrea De Carlo nous conduisent dans la Rome des années 1630, à la rencontre de l’univers d’un grand mécène, le cardinal Barberini.
Composé de quelques-uns des violistes les plus prometteurs de la jeune génération, Margaux Blanchard, François Joubert-Caillet, Amélie Chemin et Sarah Van Oudenhove, ainsi que de Bernard Zonderman au théorbe et Guy Penson à l’orgue, l’Ensemble Mare Nostrum (photographié ci-dessous en compagnie de Jérôme Lejeune) dirigé de la basse de viole par Andrea De Carlo, livre de ces pièces passionnantes une lecture en tout point aboutie. Le seul reproche que l’on fera à cette réalisation est de ne pas donner à entendre plus de musiques du méconnu Waesich, et encore ce manque est-il largement compensé par un programme dont la pertinence de la conception ménage les contrastes et la progression nécessaires pour toujours soutenir l’intérêt. Les musiciens trouvent d’emblée le ton juste pour servir au mieux un répertoire qu’ils abordent avec toute la virtuosité et la concentration qu’il requiert, parvenant à conjuguer de façon très convaincante éloquence et densité du propos en ne négligeant jamais, pour autant, de se souvenir que ces œuvres étaient également faites pour séduire. Faisant montre d’une excellente écoute mutuelle, gage d’une cohésion d’ensemble jamais prise en défaut, leur jeu possède une grande netteté d’articulation qui rend parfaitement justice aux polyphonies parfois complexes déployées par les compositeurs et met en lumière leurs trouvailles d’écriture grâce à une fermeté de trait et à une lisibilité exemplaires. Pour autant, aucune ombre de sécheresse ne vient menacer une exécution que la souplesse de ses phrasés, sa respiration très naturelle et ses couleurs sans cesse changeantes rendent réellement séduisante. Les trois madrigaux retenus pour scander, de façon bienvenue, cette heure de musique voient l’ensemble Vox Luminis aborder un genre nouveau pour lui au disque. Si sa prestation n’atteint pas forcément, pour des questions, peut-être, de langue ou de tempérament, le même degré d’évidence que lorsqu’il explore des territoires plus septentrionaux, elle demeure de très haute qualité en termes de conduite et de fini vocaux, avec un galbe et une sensualité tout à fait délectables. Saluons, pour finir, le courage d’Andrea De Carlo, un interprète et chef qui ose s’aventurer sur des terrains où maints de ses collègues craignent d’aller, comme le prouvent non seulement ce disque mais aussi ses concerts Stradella l’année dernière, et le fait avec une intelligence, une conviction et un talent qui ne peuvent que susciter le respect et l’adhésion.
Je vous recommande donc sans hésiter cet enregistrement particulièrement réussi qui permet découvrir un compositeur injustement méconnu et de se plonger dans un des plus passionnants moments de la musique italienne, véritable laboratoire à ciel ouvert au sein duquel se sont élaborées, durant toute la première moitié du XVIIe siècle, la majorité des formes musicales qui allaient ensuite rayonner sur toute l’Europe. Nul doute que les mélomanes seront très reconnaissants aux ensembles Mare Nostrum et Vox Luminis de servir ce répertoire encore relativement peu exploré avec tout l’enthousiasme et le brio qu’il mérite.   

Jean-Christophe Pucek

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